La Grande Odalisque de Vivès, Ruppert et Mulot : une oeuvre subversive ?

Il y a 100 ans Marcel Duchamp élevait un urinoir renversé à la dignité d’œuvre d’art. Son geste relevait tout à la fois de la provocation, de la transgression mais aussi et surtout de la redéfinition de l’œuvre d’art.

Il y a 30 ans, Alan Moore déconstruisait les codes traditionnels du comic book américain, avec les Watchmen ; récit crépusculaire de super-héros fatigués dépassés par la marche du monde. Moore redéfinissait les codes de la bande dessinée de super-héros.

En 2012, avec l’album La grande odalisque, Bastien Vivès, Ruppert et Mullot, semblent s’inscrire dans cette même démarche de transgression et déconstruction de ce qu’on pourrait qualifier la bande dessinée d’action (comme il y a le film d’action). Pour autant, Vivès, Ruppert et Mullot redéfinissent-ils les codes de la bande dessinée dites d’action ? Était ce d’ailleurs leur intention ?

Il y a certes déconstruction du genre. Au niveau du scénario d’abord. Si l’album s’étire sur plus de 120 pages, l’histoire tient en une ligne : 3 filles volent un tableau puis un autre ; entre temps elles délivrent un séduisant trafiquant d’armes. La bande dessinée d’action réduite à ses seules scènes d’action.

Déconstruction des dialogues ensuite. Les auteurs jouent à superposer sur des situations exceptionnelles la platitude du discours de tous les jours.

Déconstruction du dessin enfin. Du dessin réaliste que l’on s’attend à rencontrer dans ce type de bande dessinée de genre ne subsiste que le mouvement. Tout est mouvement.

Mais où nous conduit ce geste de démolition de la bande dessinée grand public ? Nulle part finalement. La grande odalisque n’est pas une œuvre Manifeste. On est plus proche de la sympathique blague que 3 gamins facétieux on voulu faire à leur éditeur (Dupuis) et au lecteur. Une blague dans la grande tradition du canular littéraire.

Imaginons Vivès, Ruppert et Mullot se disant : « on va faire un Largo Winch sans Largo Winch. On garde juste les filles qui gravitent autour du héros de Van Hamme. On vire également tout les éléments d’intrigue qui encombrent les scénarios de Van Hamme. C’est ce qu’il y a de moins bon de toute façon. On ne garde que l’action. Du dessin de Philippe Francq ne conservons que son élégance et son efficacité. Le reste ça ralentit la lecture. ».

Et honnêtement ça fonctionne très bien.

Mais voilà, s’il y a déconstruction, il n’y a pas reconstruction. L’album ne propose rien de nouveau ; sinon une simplification extrême qui nous conduit plutôt dans une impasse. L’exercice de style pur.

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