Bande dessinée : le numérique plus fort que le papier ?

Hellboy

Hellboy in Hell – à gauche une image de l’édition numérique ; à droite la même image tirée de l’édition papier (via Jim Rugg)

Dans la bande dessinée l’édition numérique est-elle en passe de gagner la bataille contre l’édition papier ? Si c’est le cas, ça se passe sur le terrain de la qualité. C’est en tout cas l’avis du dessinateur américain Jim Rugg.

Dans un article intitulé, Hellboy in Hell : Print vs. Digital, paru sur son blog (jimrugg.com), Rugg se livre à une lecture comparée, édition numérique-édition papier, du dernier album de Mike Mignola, Hellboy in Hell.

Il ne s’agit pas pour Jim Rugg de critiquer le travail de Mignola. Rien à redire sur le dessin ou le scénario du créateur d’Hellboy. La déception de Rugg provient de la différence de qualité visuelle entre l’édition papier et l’édition numérique.

Exemple à l’appui, Rugg montre que l’édition numérique l’emporte quant au rendu et à l’étendu des couleurs ainsi que sur la qualité des contrastes.

Le monde change. Pendant plus de 500 ans, l’impression papier a régné sans concurrence. L’exigence du fan de comics américain s’arrêtait à la possibilité de pouvoir tenir entre ses mains l’objet-livre (pour peu que la qualité de l’œuvre elle-même soit bien entendu au rendez-vous).

Aujourd’hui l’édition traditionnelle n’est pas en mesure de lutter avec la qualité et la précision de reproduction d’une œuvre numérique vers un support numérique. Sauf éventuellement à augmenter les coûts de production et d’impression (procédés, qualité du papier…). Mais l’acheteur de comics américains n’est pas prêt, et ne sera jamais prêt, à dépenser une somme excessive pour un comics.

Et malheureusement, selon Rugg, une fois que le lecteur a goûté à la qualité numérique, il devient difficile de lui vendre la qualité papier.

Le basculement s’est déjà produit dans d’autres industries, musicales et photographiques, où l’attachement au disque vinyle et à la photo argentique relève plus souvent de la nostalgie ou de l’exigence de quelques puristes.

Ce point de vue de Jim Rugg, pour explicite qu’il soit, met de côté le mode de lecture papier plus adapté à la bande dessinée dans sa forme actuelle. Mais que de nouvelles formes apparaissent…

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2 réflexions au sujet de “Bande dessinée : le numérique plus fort que le papier ?”

  1. A mettre en relation avec http://questionsdecommunication.revues.org/6975 , les notes de lecture de Julien Falgas sur le Systeme 2 de Thierry Groensteen, et notamment la critique de Falgas du traitement de la question de la BD numérique par Groensteen.

    A cette occasion j’ai découvert ce travail : http://www.prisedetete.net que je ne connaissais pas et qui plutôt passionnant.

    Alors bien sûr c’est un peu différent des considération sur les comparaisons des spectres chromatiques du papier et du numérique, mais ça alimente le débat sur le sujet 🙂 .

  2. Bien sûr le lecteur n’en a rien à cirer des contrastes, à moins d’être maniaco-dépressif. Ce Rugg ferait bien de s’acheter un bon kaléïdoscope ou une lunette astronomique plutôt que de lire des BD.
    Les nouveaux supports artistiques démodent toujours les anciens pour des raisons économiques, non pas esthétiques.
    Et comme le support de l’art importe peu, la question de la révolution numérique est seulement une question de redistribution des cartes. L’épicerie de la BD va-t-elle se casser la gueule à la suite des supermarchés culturels dans le genre de la Fnac ou de Virgin Mégastore ? Telle est la question.

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