Confession d’un éditeur de bande dessinée

Gina Gagliano - First Second

Gina Gagliano

Gina Gagliano travaille chez l’éditeur américain First Second Books (la filiale bande dessinée de Macmillan). First Second édite, sur le territoire américain, un certain nombre d’auteurs européens comme Lewis Trondheim, Joann Sfar ou Emmanuel Guibert.

Le site de First Second est alimenté de façon régulière par les éditeurs eux-mêmes avec des posts souvent savoureux du type « l’envers du décors » ; on y traite du métier d’éditeur, de celui d’auteur de bande dessinée et des relations entre les deux.

Le 22 janvier dernier, Calista Brill, une des éditrices chez First Second, publiait un petit article dans lequel elle listait les situations dans lesquels il devenait nécessaire pour un aspirant dessinateur de BD de renoncer à faire carrière dans le secteur. L’article était intitulé, Quand il faut abandonner.

Dans l’article en question donc, Calista Brill demandait à l’auteur qui espérait faire carrière dans la BD de se poser un certain nombre de questions ; et en fonction de ses réponses, l’engageait implicitement à renoncer :

- Est-ce que tu t’améliores chaque année ?

- Est-ce que tu as des fans ?

- A quel point veux-tu réussir ?

- A quel point prends-tu du plaisir à ce que tu fais ?

- Pourrais-tu gagner plus d’argent en faisant autre chose ?

- Comment ton travail est-il reçu par les professionnels ?

- Est-ce que tu as des doutes au sujet de ton talent (et si tu n’en as pas, c’est vraiment mauvais signe pour toi)

L’article jugé sévère pour les jeunes auteurs allait soulever un débat dans la presse spécialisée avec en point d’orgue un long interview de Calista Brill, en anglais, dans The Comics Reporter. Dans cet entretien, à Tom Spurgeon qui lui demandait pourquoi elle haïssait tant les dessinateurs de BD, Calista Brill répondait malicieusement « c’est parce que ce sont des personnes horribles qui méritent d’être écrasés ». On sait rire dans la bande dessinée en Amérique.

Gina Gagliano la fille du marketing chez First Second dont je vous parlais au début de l’article (je ne suis pas organisé mais j’ai de la suite dans les idées), publiait elle, il y a quelques jours, un article plus léger mais tout aussi drôle, 10 choses qui feraient partie de mon boulot dans l’édition et que je n’avais pas imaginé.

Parmi ces 10 choses on trouve :

- Retenir les adresses de restaurants plus ou moins décents à proximité des festivals de BD.

-  Me tenir informée de la politique actuelle de l’Iran pour être capable de parler intelligemment des livres lors des rencontres avec la presse.

- Savoir qu’expédier un livre de la Californie jusqu’à New-York en tarif normal prend 6 à 8 jours. Je peux vous donner le délai pour n’importe quelle ville aux USA, au Canada, en Australie et en Asie.

- Aller dans les librairies juste pour regarder les couvertures des livres des éditeurs concurrents ; et prendre des notes.

- Recevoir du courrier d’auteurs avec des petits dessins sur l’enveloppe.

L’édition est un métier de chien !

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