Misère de la critique BD

mae

Sur l’échelle vertigineuse du mépris professionnel, le critique BD occupe le dernier barreau ; celui tout en bas ; loin derrière les huissiers, les banquiers, les professeurs de physique chimie, les garagistes qui ne veulent pas être payés en liquide, les vendeurs de pompes à chaleur, les plombiers polonais et les miliciens syriens.

Que le critique BD soit méprisé par les auteurs qu’il critique, cela semble logique. C’est un classique du genre et qui touche aussi bien le critique littéraire que le critique de cinéma. L’inédit dans la bande dessinée, c’est que le critique spécialisé est également, sinon méprisé, du moins ignoré des lecteurs. La critique BD ne fait pas les best-sellers – ni les échecs. La critique BD, c’est pisser dans un violon.

La faute à qui ?

La faute au lecteur BD d’abord qui se complet dans l’ultra spécialisation. Globalement, le lecteur BD est adepte d’un genre, d’un sous-genre (voire d’un sous-sous-genre pour le Manga), d’une série et d’un personnage. Une fois qu’il est accroc, il ne réfléchit plus ; il consomme sans compter. Pas un grand curieux le lecteur BD. Il paye pour retrouver la même émotion album après album et n’est jamais plus à son aise que lorsqu’il entend Mortimer s’exclamer pour la centième fois « by jove ! ». Il achètera le dernier album de Seuls, de Spirou et Fantasio ou de Titeuf sans que l’on ait besoin de lui glisser un mot sur la qualité du dernier opus qui lui est proposé.

La faute au critique ensuite. La critique BD se limite, le plus souvent et dans le meilleur des cas, à un simple résumé de l’histoire. Le critique juge l’oeuvre à l’aune de son scénario et de son dessin, les deux soigneusement séparés. La bande dessinée n’est que très rarement analysée à la lumière de son propre langage.

Dans le pire des cas, le critique BD se contentera de recopier le prière d’insérer que lui aura fourni l’éditeur compatissant.

La faute aux auteurs de bande dessinée enfin. La critique littéraire compte dans ses rangs de grands écrivains. Pareil pour le cinéma. Critique occasionnel ou collaborateur régulier de tel journal.

Dans la bande dessinée l’auteur ne semble pas concerné par le travail de ses pairs en tout cas jusqu’à se sentir autorisé à livrer un compte-rendu critique d’une œuvre qui n’est pas la sienne. Un avis amicale, un copinage de bon ton, oui ; une critique publique et argumentée, non.

Et alors ? pourrions nous lancer en conclusion.

Est-ce que de cette façon tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Laissons chacun faire son petit business dans son coin et les vaches seront bien gardées. Soit.

N’est-ce pas le meilleur moyen de scléroser le secteur ?

La critique peut aussi être un moyen de faire éclore de nouvelles œuvres, d’encourager des initiatives.

Ne faut-il pas alors dans l’esprit de tous substituer à l’image du critique parasite se repaissant de la chaire de sa victime, celle plus bucolique du critique-abeille venant butiner de jolies fleurs ou de vilains chardons pour assurer la reproduction de l’espèce ?

Sauvons les abeilles !

Tweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on FacebookShare on Google+Email this to someonePrint this page