Journal dissipé #3 : Tyler Cross, noir fantôme

Tyler Cross

Je respecte mes promesses.

Ne vous ai-je pas dit il y a quelques jours que je vous parlerai de Tyler Cross, le nouvel album de Brüno sur un scénario de Fabien Nury ? Je m’y colle dans ce journal. Et pour un gros paresseux comme moi, c’est une promesse de poids. L’album fait plus de 80 pages. Et puis il y a ces quelques lignes à pondre pour en rendre compte.

Hé les gars, J’ai aussi une vie de famille ; une vie sociale et du sommeil en retard. J’ai aussi un travail, un peu plus rémunérateur que ce blog, auquel je dois consacrer quelques heures par jour. Je ne vous cacherai pas, puisque aucun lien hiérarchique ne nous lie et que je sais que vous n’irez pas le répéter, qu’il m’arrive d’alimenter Le Rapide du Web depuis mon boulot. Mais bon, faire des trucs personnels au bureau ce n’est pas pareil : on culpabilise et on est dérangé par des gens qui veulent toujours que l’on finisse un travail urgent. Vous avez déjà lu Gaston Lagaffe, vous savez comment ça se passe.

Je ne peux pas les expédier d’une balle dans la tête, les gars. Je ne suis pas Tyler Cross.

Tyler Cross, justement. Que les choses soient claires entre nous, j’ai horreur des critiques qui commencent par un long résumé de l’histoire. Pas de résumé avec moi. A quoi bon ? Ce que vous pouvez retenir, c’est que Tyler Cross c’est violent au début, violent au milieu et violent à la fin.

Et ça fait un bon album ?

Là je serai plus nuancé.

Sur la forme, peu à redire. Le dessin de Brüno séduit immédiatement, efficace sans tomber dans la facilité. Un dessin très personnel qui suffit presque à lui seul à donner le ton au récit.

Brûno nous offre également des ruptures de style, dans les visages en particulier dont les traits d’une application naïve en gros plan rythment l’histoire comme des coups de cymbales dans une partition musicale. Le premier gros plan de l’héroïne (malgré elle) est caractéristique de ce procédé.

Tyler Cross

Jusqu’au faciès spectral de Tyler Cross qui hante tout l’album.

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Le scénario de Nury est également une partition sans temps mort avec, et, c’est une réussite de l’album, une narration sous tension permanente. Les quelques 80 pages se lisent d’une traite et l’on sort presque épuisé de cette lecture.

Mes réserves portent sur le fond. Bien sûr on est dans une bande dessinée de genre, du polar bien noir, mais cette histoire américaine, ce Texas des années 50 et ce mélange des genres un peu lourd qui nous fait passer alternativement de Faulkner au Parrain, avec des arrêts chez Tarantino.

Pourquoi l’Amérique. Est-ce que ces années 50 ont encore quelque chose à nous dire sur le monde d’aujourd’hui ? On a juste parfois l’impression d’assister à un numéro virtuose sans émotion et surtout sans enjeu.

Et sans enjeu, le trop spectral Tyler Cross finit par se prendre à son jeu pour n’être qu’un témoin de l’histoire, juste un fantôme sans consistance. A force d’être extérieur au récit, Tyler Cross laisse le lecteur sur le bord de la route.

Restons dans le noir pour finir et signalons qu’il existe une édition en noir et blanc (du plus bel effet) de l’album disponible uniquement dans le réseau de librairie Canal BD.

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