Journal dissipé #5 : combien ça rapporte la BD ?

Pierre Soulages

Pierre Soulages

Je sens que je vais encore bien vous avoir avec ce titre affriolant. D’ici que vous n’attendiez pas le milieu de la chronique pour me le reprocher… Y’a pas loin. Non mais quoi ? Il n’y a que le fric dans votre vie.

Rassurez-vous, le milieu va vite arriver, je fais court aujourd’hui.

Je vais quand même vous en donner des chiffres, du chorégraphique, on va être dans le grand écart.

La bande dessinée ça rapporte… ça rapporte… ça rapporte… je fais durer le suspense comme à la télé, ça rapporte entre 0 et plusieurs centaines de milliers d’euros. Je fais dans la précision.

J’illustre.

Vous avez peut-être entendu parlé de la revue de BD numérique (et d’humour – ce n’est pas toujours incompatible), Mauvais Esprit. Sûrement si vous lisez Le Rapide du Web. Mauvais Esprit fête ses 1 an, bon anniversaire, et en profite, certainement pas de gaieté de cœur, pour passer du payant au gratuit. Maintenant pour lire Mauvais Esprit, il vous en coûtera 0 euro. A ce prix là, c’est donné.

La BD sur le web, ça ne rapporte donc pas des masses. Alors après on pourra toujours se dire qu’ils avaient ouvert la voie, qu’ils étaient des pionniers… Pionnier ça paye pas un loyer. Et puis, en affaire, avoir raison avant les autres, ce n’est pas toujours un avantage. Il faut arriver au bon moment. Ce n’était peut-être pas encore le bon moment, ou la bonne formule ?

Vous avez entendu parlé de Bilal ? Je n’attends pas de réponse, ma question n’était qu’un effet de style. Paul Gravett reprend sur son blog (en anglais) une interview que lui avait accordé Bilal en septembre 2013.

Et Bilal en BD, ça rapporte. Bilal parle d’argent dans cet entretien avec beaucoup de détachement et un rien d’humour (de là à conclure que les riches sont plus drôles que les pauvres…). Il raconte notamment comment son travail a conquis depuis 1994,  les salles de vente.

En 1994 il vend 2 grandes peintures qu’il exposait pour un peu plus de 600 000 francs (91 000 euros). « Un bon prix déjà pour l’époque », précise-t-il. En 2007 une des 2 peintures passe en salle des ventes. Estimée à 35 000 euros, elles est adjugée à 170 000 euros. Lors de cette même vente chez Artcurial, poursuit Bilal, le moindre petit dessin se voit attendre des sommets (jusqu’à 93 000 euros). Une déflagration dans le monde de l’art et de la bande dessinée.

Sur le marché de l’art contemporain Bilal est désormais le second plus gros vendeur. « Seul Pierre Soulages vend plus que moi », dit-il sûrement avec un petit sourire.

En conclusion, vous l’aurez compris, OUI LA BD ÇA RAPPORTE, mais pas dans les librairies ou sur les réseaux Internet. Comme produit (artistique) dérivé en salle des ventes (et si on s’appelle Bilal).

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3 réflexions au sujet de “Journal dissipé #5 : combien ça rapporte la BD ?”

  1. Dans l’art moderne, la dimension spéculative ou psychologique est essentielle. Peu importe le support, à la limite, du moment qu’on a foi en lui. Ce qui fait de l’art moderne l’équivalent d’un produit stupéfiant.
    Comme dit Alphonse Allais, au demeurant l’un des meilleurs critiques d’art qui soit, « une fois qu’on a passé les bornes, il n’y a plus de limites. » C’est très exactement la fonction assignée à l’art moderne : démontrer que l’homme s’est émancipé des anciennes bornes, par le talent d’un Picasso a produire l’illusion de la nouveauté, ou par le pur bluff de la surenchère spéculative, qui est un peu comme une mauvaise came, largement coupée à la farine.

  2. J’approuve le commentaire ! J’aurai beaucoup à dire sur ce sujet ainsi que l’exemple choisi mais il vaut mieux que je me taise. Le web a des yeux…

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