Journal dissipé #6 : la bande dessinée est un plat qui se mange chaud

Giff Wiff

La bande dessinée est un plat qui se mange chaud. Me voila bien ennuyé. J’ai trouvé ce superbe titre avant de savoir ce que j’allais vous narrer. A partir de là on va ramer ensemble. C’est de la chronique participative comme le financement du même tonneau sauf que dans notre cas ça ne va pas nous rapporter un radis.

« On dirait que de nos jours il y a plus de créateurs de bande dessinée que de lecteurs. A tel point que le premier marché de la bande dessinée se sont justement les dessinateurs de bande dessinée ». C’est le critique américain de bande dessinée Frank Santoro qui dit ça dans un article du Comics Journal.

En Amérique, critique de bande dessinée c’est un emploi. Attention, pas une profession ; un emploi comme on l’entendait naguère au théâtre ou l’on endossait pour la vie les rôles de jeune premier ou de soubrette.

Mais voila, comme il n’y a plus de soubrette, il n’y a plus de critiques de bande dessinée déplore Santoro. Plus personne pour faire le tri dans une production surabondante ou pointer du doigt le génie. Plus personne pour écrire sur la bande dessinée et quand un audacieux s’y risque, personne pour le lire.

En Amérique comme ailleurs, critique de bande dessinée ça ne nourrit pas son homme. Le « vrai argent » ce n’est pas pour le critique de bande dessinée. S’il veut gagner sa vie, le critique de BD, écrit Frank Santoro, à plutôt intérêt à écrire sur Game of Thrones ou sur David Bowie.

Santoro en appelle même un collègue critique, Sean T. Collins, pour confirmer ses dires. Voila où en sont réduits les critiques de bande dessinée, à s’interviewer eux-mêmes.

Il y a néanmoins « profusion d’articles sur les comics de super-héros« , note Sean T. Collins. Mais il ne s’agit presque plus de comics regrette le même Collins, mais juste une tête de pont pour l’industrie cinématographique américaine. Une succession de brouillons ; une zone de test sans risque. Un flot continu de nouveautés.

Et dans ce paysage, la bande dessinée alternative américaine une espèce en danger.

Santoro et Collins pointent également la transformation de la critique. Aux longs articles de fonds succède la concision et le laconisme de la critique sur les réseaux sociaux. « Hé les mecs, cet album est terrible » devient le plus haut degré d’analyse du nouveau critique.

L’important devient « la conversation en elle-même sur la culture comics et pas l’oeuvre individuelle de tel ou tel ».

« Le truc marrant, poursuit Collins, c’est que ce social-média effet n’a pas heurté les autres arts de la même manière. Au contraire, la critique de séries télé par exemple est en plein boom grâce notamment à un nouvel âge d’or de la fiction à la télévision ». Là il y a du fric à se faire, conclue sur ce point Collins. « Faire de la critique BD un job à plein temps reste inconcevable ».

Aux Etats-Unis comme ailleurs.

En réalité, j’y pense maintenant c’est un peu tard, nous aurions dû intituler cet article : « lettre à un jeune critique de bande dessinée ».

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