Warren Ellis flingue le polar new-yorkais

gunmachine

Attention, ça commence comme un mauvais polar. Un flic new-yorkais désabusé, une banal histoire qui tourne mal et son coéquipier qui se fait descendre sous ses yeux. Et puis tout bascule. A cause d’un trou dans un mur, on passe de l’autre côté du miroir. On quitte le polar.

Gun Machine de Warren Ellis n’est pas un polar.

Gun Machine est un formidable western. Une histoire de grande plaine, d’indien et de colons prêts à tout pour prendre le pouvoir dans la prairie. Un jeu de piste où la prairie s’appelle New-York, où Wall Street est un ranch, et l’indien, le dernier indien après extermination. Un western où l’on tue pour une liaison Internet.

Et un shérif que les bons comme les méchants ont déjà enterré. Des bons il y en a pas beaucoup dans Gun Machine. Warren Ellis vient du comics et s’entend mieux que quiconque dans la création de supers-vilains.

Un shérif, peut-être un indien lui aussi, comme le dernier survivant d’une tribu, celle des fonctionnaires de police, des représentants de l’Etat, de l’intérêt général, tribu que l’Amérique, de tout temps, s’efforce de faire disparaître.

« La différence, c’est que toi, des fois, tu retires ton bel uniforme brillant entretissé de kevlar dont un menteur t’a sûrement baratiné qu’il était pare-balles, et aussi ton beau gros pétard qu’à jamais tiré que sur des cibles en carton, et pis tu te sapes comme le pékin moyen, tu prends tes congés et tu te balades dans le monde comme si t’étais un citoyen lambda; pas vrai ? Moi, je suis officier de police de la ville de New-York. Je vis pas comme un citoyen lambda. Je prends pas de congés. Jamais. »

Warren Ellis nous promène dans un New-York inconnu, voire invisible. Un New-York de derrière les façades, de derrière le mur comme le wall de Wall Street. Un voyage dans le temps et dans l’espace.

Et de fait, il y a peu de décors dans Gun Machine. C’est un roman où les personnages se déplacent sur des cartes. Des cartes qui se superposent. On peut habiter la même ville et ne jamais se croiser.

Warren Ellis déplace ses personnages d’un point à un autre comme des épingles que l’on enfonce sur les cartes murales des commissariats. Une mention toute spéciale pour 2 épingles, 2 flics de la police scientifique : un autiste et une lesbienne. On n’est pas dans une série TV. Et c’est aussi pour ça qu’il faut lire Gun Machine

Gun Machine – Warren Ellis – Editions du Masque (janvier 2014). Traduit de l’anglais par Claire Breton.

Warren Ellis

On peut suivre l’actualité de Warren Ellis sur son site ou sur Facebook pour l’actualité française.

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